Je sais à quel point l’idée des postures qui facilitent la naissance peut soulever des questions : quoi faire, quand, et comment être sûre que ça aide vraiment. Je vous propose ici des conseils concrets, basés sur mon expérience de sage‑femme, pour choisir et pratiquer des postures adaptées à chaque phase du travail. Mon objectif : vous donner des outils simples pour mobiliser votre corps, favoriser la descente du bébé et vivre un accouchement plus fluide et plus respectueux.
Pourquoi les postures comptent : physiologie, bénéfices et preuves
Les postures durant le travail ne sont pas de la décoration — elles agissent directement sur la mécanique de la naissance. En adoptant des positions adaptées, vous utilisez la gravité, vous ouvrez le bassin, vous favorisez la rotation du bébé et vous optimisez l’efficacité des contractions. C’est pour ça que je dis souvent : le corps a des ressources ; la posture peut les amplifier.
Physiologiquement, plusieurs phénomènes expliquent l’effet des postures :
- La gravité aide la descente fœtale quand vous êtes verticale ou inclinée vers l’avant.
- L’ouverture pelvienne augmente en position accroupie ou en fente, ce qui offre plus d’espace pour la sortie.
- Les angles du bassin changent selon la position : certaines postures facilitent la rotation interne du fœtus pour se présenter en occiput antérieur, la position idéale.
- La relaxation musculaire et la diminution des tensions lombaires réduisent la perception de la douleur et la fatigue.
Que dit la littérature ? Des revues systématiques (dont des analyses Cochrane) montrent que les positions non allongées, en particulier durant le deuxième stade, sont associées à une réduction du travail assisté et, chez certaines femmes, à une meilleure satisfaction. Les preuves varient selon les études et les contextes (épidural, parité), mais la tendance est claire : bouger et varier les postures est bénéfique pour beaucoup de femmes. Attention : les données sont hétérogènes — il n’existe pas une position universelle qui « garanti » tout.
Pragmatiquement, voici ce que vous pouvez attendre :
- Travail potentiellement plus court, surtout au deuxième stade.
- Moins d’interventions instrumentales dans certains cas.
- Moins de douleur perçue si la position réduit la tension lombaire ou améliore la respiration.
- Sensation d’empowerment : choisir sa posture augmente la confiance et le sentiment de contrôle.
Contre‑indications à garder en tête : certaines conditions médicales (placenta praevia, prééclampsie sévère, complications obstétricales spécifiques, ou certaines limitations orthopédiques) imposent des postures surveillées ou la position allongée. Dans ces situations, votre équipe soignante vous guidera.
En résumé : les postures influencent la mécanique de la naissance. Elles ne remplacent pas un suivi médical adapté, mais elles sont un outil puissant pour favoriser un accouchement plus efficace et plus respectueux. Plus vous les aurez pratiquées avant le jour J, plus vous saurez les reconnaître et les adapter en travail.
Postures actives et verticales : marche, station debout, balançoire et inclinaison vers l’avant
Les positions verticales sont parmi les plus utiles durant le travail. Elles mobilisent la gravité, favorisent une bonne ascension du bébé et souvent diminuent la douleur de dos. Je vous encourage à les tester régulièrement en grossesse pour apprendre ce qui vous convient.
Marche et déplacement
- Pourquoi : marcher aide à ouvrir le bassin et à rythmer les contractions.
- Comment : espacez vos pas, laissez le bassin se balancer naturellement, respirez profondément. Alternez marche rapide et pas lents selon l’intensité des contractions.
- Astuce : portez des chaussures confortables, et prévoyez des pauses sur une chaise ou un ballon.
Station debout et balancement
- Pourquoi : simple à mettre en œuvre, permet d’alterner poids sur un pied, de balancer le bassin.
- Comment : appuyez‑vous sur une hanche contre une surface stable, laissez le bassin faire de petits cercles, changez le poids d’un pied à l’autre durant la contraction.
- Anecdote : j’ai vu une maman reprendre confiance en se tenant debout près d’une fenêtre, en respirant, et retrouver de l’aisance après une phase longue en position allongée.
Bascule vers l’avant (leaning forward)
- Pourquoi : ouvre le devant du bassin et décharge la colonne lombaire.
- Comment : appuyez vos avant‑bras sur une table, une chaise haute ou le dossier d’un fauteuil, genoux légèrement fléchis. Le sacrum se libère, l’espace pour la rotation augmente.
- Bonus : facile avec un partenaire pour soutenir le poids et masser le bas du dos.
Ballon et rocking (bassin en mouvement)
- Pourquoi : le ballon de naissance (ou swiss ball) permet des balancements et des rotations doux, soulage le périnée et favorise l’engagement du bébé.
- Comment : asseyez‑vous, faites des cercles de bassin, penchez‑vous en avant pour varier les pressions. Utilisez le ballon entre les contractions pour relaxer.
Positions recommandées selon la phase
- Début du travail : marche, balancement et positions inclinées pour gérer la douleur et stimuler le col.
- Travail actif : maintien de positions verticales lorsque possible, alternance entre marche et inclinaison.
- Deuxième stade (poussée) : souvent bénéfique d’être verticale ou semi‑accroupie si vous souhaitez pousser spontanément.
Sécurité et limites
- Si vous avez une perfusion, un monitoring ou une épidurale, certaines positions verticales peuvent rester possibles mais avec assistance (ex. : soutien latéral, fauteuil).
- Écoutez votre corps : la fatigue peut vous demander de vous asseoir ou de vous allonger temporairement. Changer de position reste la clé.
Les positions verticales ne fonctionnent pas pour toutes, mais elles offrent une palette d’options utiles. Pratiquez‑les avec votre partenaire ou votre accompagnant, testez‑les à la maison sur les derniers jours avant le terme pour les intégrer naturellement le jour J.
Postures qui ouvrent le bassin et favorisent la rotation : accroupie, genoux-poitrine, fente et à quatre pattes
Certaines postures agissent directement sur l’ouverture pelvienne et la rotation du bébé, essentielles quand la tête est un peu coincée en rotation postérieure ou lorsque la progression est lente. Les positions d’ouverture aident aussi le périnée à suivre un chemin plus favorable.
Accroupissement (squat)
- Pourquoi : augmente le diamètre pelvien, utilise la force des jambes et de la gravité.
- Comment : accroupissez‑vous en gardant les talons au sol si possible, utilisez un support (chaise, barre, partenaires) pour vous stabiliser. Respirez lors des contractions et relâchez entre‑deux.
- Variante : demi‑squat contre un mur ou avec support pour ménager vos cuisses.
- À pratiquer : faire des squats légers et progressifs pendant la grossesse renforce l’endurance.
Fente / position de lunge
- Pourquoi : une jambe en avant, une jambe en arrière modifie l’angle du bassin et peut libérer une rotation fœtale bloquée.
- Comment : appuyez‑vous sur une chaise, faites une grande fente, changez de côté après quelques contractions.
- Astuce partenaire : le partenaire peut soutenir le bassin ou appliquer une légère pression pelvienne si nécessaire.
Position mains‑et‑genoux (à quatre pattes)
- Pourquoi : réduit la pression lombaire, favorise la rotation antérieure du bébé et soulage les douleurs de dos sévères.
- Comment : placez un coussin sous les genoux, balancez le bassin, laissez la poitrine s’ouvrir. Vous pouvez vous pencher plus bas (tripode) pour une légère inclinaison.
- Exemple concret : lors d’un travail long, une maman en mains‑et‑genoux a retrouvé une progression notable après 30 minutes, la rotation du bébé s’étant produite naturellement.
Genoux‑poitrine / position inversée
- Pourquoi : utile pour désengager une présentation haute ou pour aider certaines rotations.
- Comment : à quatre pattes, remontez les hanches vers le ciel en venant rapprocher le thorax; à pratiquer avec prudence et soutien.
- Attention : pas recommandée si vous êtes très fatiguée ou si vous avez des problèmes cardiaques.
Support et sécurité
- Utilisez toujours un appui stable pour les positions instables.
- Votre partenaire peut porter votre poids, tenir un harnais de soutien ou guider les changements.
- Evitez les positions énergivores si vous êtes essoufflée ; privilégiez des variantes assises ou semi‑accroupies.
Quand ces postures sont particulièrement utiles
- Présentation en occiput postérieur (dos du bébé contre votre dos) : mains‑et‑genoux et inclinaisons avant favorisent la rotation.
- Travail ralenti où la tête stagne : accents sur l’accroupi et la fente pour modifier l’angle d’entrée.
- Poussée inefficace : varier l’angle d’ouverture peut améliorer la dynamique.
En bref : ces postures sont de vraies « clés » mécaniques. Elles demandent un peu d’entraînement avant le grand jour, et un soutien adapté pendant le travail. Expérimentez avec un partenaire et un ballon pour mieux sentir les effets.
Postures de repos, alternatives avec épidurale et confort : côté, semi‑assise, ballon et position allongée
Tout le monde n’a pas l’énergie pour rester debout ou accroupi pendant des heures. Les postures de repos sont tout aussi importantes : elles permettent de récupérer, de conserver des forces et, avec quelques adaptations, elles peuvent continuer à favoriser la naissance.
Position latérale (sur le côté)
- Pourquoi : recommandée pour se reposer, maintenir une bonne oxygénation et, avec une épidurale, faciliter la rotation et diminuer la pression sur la veine cave.
- Comment : allongez‑vous sur le côté gauche de préférence (améliore le retour veineux), genoux repliés, un coussin entre les jambes pour soutenir le bassin.
- Avec épidurale : idéale, car elle permet souvent une bonne rotation du bébé et évite la compression excessive.
Semi‑assise / demi‑assise
- Pourquoi : combine support du dos et ouverture antérieure du bassin. Permet de pousser plus efficacement si vous le souhaitez.
- Comment : dossier relevé à 30–45°, jambes soutenues, genoux légèrement écartés. Un partenaire peut soutenir les cuisses ou aider lors des poussées.
- À noter : c’est une position fréquente en salle d’accouchement car elle permet un bon suivi médical tout en restant confortable.
Ballon, chaise de naissance, baignoire et douche
- Ballon : très polyvalent pour se reposer en mouvement, améliorer la posture assise et soulager le périnée.
- Baignoire / douche : l’eau chaude détend les muscles, atténue la douleur et permet de tester des positions de flottaison (idéal pour se relâcher).
- Chaise de naissance / rebord de lit : utile pour les poussées dirigées si besoin.
L’épidurale change la donne
- Avec une épidurale complète, la mobilité est réduite, mais des supports comme la peanut ball (ballon ovale) entre les genoux améliorent l’ouverture pelvienne en position latérale et peuvent réduire la durée du deuxième stade.
- Votre équipe vous expliquera comment bouger en toute sécurité avec une analgésie.
Sécurité et confort
- Prenez des pauses régulières pour changer de côté et éviter les engourdissements.
- Hydratez‑vous et surveillez la température (l’eau chaude est merveilleuse mais surveillez la tachycardie maternelle).
- Si des moniteurs ou un cathéter sont en place, demandez les options de positions compatibles.
Conclusion pratique : savoir se reposer est un acte actif de préparation. Ces positions permettent de récupérer sans sacrifier la progression du travail. Elles sont particulièrement utiles si vous avez une épidurale ou si vous traversez une phase longue ; alternez repos et postures actives pour maintenir la dynamique.
Mise en pratique : planifier, s’entraîner, signaux à écouter et checklist pour le jour j
Vous avez maintenant plusieurs options de postures à connaître. La clef du succès est la répétition et l’adaptabilité. Voici un plan concret pour intégrer ces postures à votre préparation et les utiliser le jour de l’accouchement.
S’entraîner pendant la grossesse
- Répétitions : pratiquez 10–15 minutes par jour des postures que vous trouvez confortables (ballon, accroupi, hands‑and‑knees).
- Renforcement : renforcez les jambes et le tronc avec des exercices simples (squats légers, pont pelvien, planche modifiée).
- Respiration : associez chaque posture à une respiration profonde et à des techniques de relaxation.
Élaborer votre plan de naissance
- Indiquez vos préférences pour les positions (verticale, accroupi, mains‑et‑genoux, latéral).
- Prévoyez des alternatives si une intervention devient nécessaire.
- Discutez avec votre équipe et votre partenaire pour définir des rôles (soutien physique, massage, changements de position).
Signaux à écouter durant le travail
- Douleur localisée au bas du dos : essayez hands‑and‑knees ou inclinaison avant.
- Sensation de blocage ou de rotation : testez la fente ou l’accroupi.
- Grande fatigue : reposez‑vous sur le côté, utilisez la baignoire si possible.
- Envie irrésistible de pousser : changez vers une position de poussée naturelle (souvent verticale ou semi‑assise).
Checklist pour le jour J (à imprimer)
| Éléments | Pourquoi |
|—|—|
| Ballon de naissance | Mobilité, confort, soulagement lombaire |
| Chaise/Tabouret solide | Support pour inclinaisons avant |
| Coussin(s) | Soutien latéral et périnéal |
| Chaussures confortables | Pour marcher et stabiliser |
| Bouteille d’eau et petites collations | Hydratation et énergie |
| Plan de naissance | Vos préférences listées clairement |
| Contact de la sage‑femme / partenaire formé | Pour assistance aux changements de position |
Précautions et quand consulter
- Si vous ressentez des saignements abondants, une perte de mouvement fœtal, des étourdissements sévères ou des symptômes inquiétants, alertez l’équipe immédiatement.
- En cas de complications diagnostiquées pendant la grossesse, suivez les recommandations médicales avant d’appliquer certaines postures.
Pour conclure : variez, écoutez, adaptez. Plus vous connaîtrez votre corps et plus vous aurez essayé de postures pendant la grossesse, mieux vous saurez quoi faire avec le travail. Vous n’avez pas à tout maîtriser parfaitement — choisissez quelques positions favorables et entraînez‑vous avec bienveillance. Vous pouvez le faire, et votre corps sait souvent trouver la voie ; les postures sont là pour l’aider. Si vous voulez, je peux vous proposer une série d’exercices hebdomadaires pour répéter ces postures à la maison. Voulez‑vous que je vous l’envoie ?
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