Être accompagnant lors d’un accouchement, que ce soit en tant que partenaire, doula, sage-femme ou proche, c’est vivre un moment intense, chargé de joie, de peur et d’espoir. Pourtant, on parle rarement de la charge émotionnelle invisible que ces accompagnants portent sur leurs épaules. Cette fatigue émotionnelle, souvent sous-estimée, peut pourtant avoir un impact profond sur leur bien-être.
Je me souviens d’une maman que j’ai accompagnée, son conjoint était présent, très investi, mais à la fin, il semblait vidé, presque en retrait. Il avait vécu en silence toutes ses angoisses, ses doutes, ses espoirs. Cette charge émotionnelle ne se voit pas toujours, pourtant elle est bien réelle.
La charge émotionnelle désigne tout ce que les accompagnants ressentent intérieurement sans forcément l’exprimer. Ce sont ces montagnes russes de sentiments : la peur que tout ne se passe pas bien, la responsabilité d’être un soutien solide, la joie immense mêlée à l’impuissance face à la douleur.
Cette charge est dite invisible parce qu’elle ne s’affiche pas forcément à l’extérieur. Souvent, les accompagnants cachent leurs émotions pour ne pas alourdir la maman ou pour garder une image rassurante. Pourtant, ce poids peut entraîner :
- De la fatigue mentale et physique,
- Du stress prolongé,
- Un sentiment d’isolement,
- Parfois, un véritable épuisement émotionnel.
Une étude publiée en 2020 dans le Journal of Perinatal Support montre que les partenaires d’accouchantes ont un risque accru de stress post-traumatique quand ils n’ont pas pu exprimer leurs émotions pendant le travail.
Souvent, les accompagnants ne se sentent pas légitimes à parler de leurs propres émotions. Ils sont là pour soutenir, écouter, rassurer. Leur rôle est perçu comme celui de la force tranquille, celle qui ne flanche pas.
Cette pression à rester fort peut engendrer un sentiment d’isolement chez les accompagnants. Ils craignent souvent que l’expression de leurs propres émotions ne soit perçue comme une faiblesse, ce qui les empêche de partager leurs doutes et leurs craintes. Pourtant, il est crucial de comprendre que l’authenticité dans le soutien peut renforcer les liens et favoriser une communication ouverte. Des témoignages de papas présents, qui ont su surmonter leurs peurs, montrent qu’une approche vulnérable peut être bénéfique. Pour découvrir ces expériences inspirantes, consultez notre article sur les témoignages de papas transformés.
En s’ouvrant sur leurs émotions, ces accompagnants peuvent non seulement alléger leur propre fardeau, mais aussi créer un espace de confiance pour ceux qu’ils soutiennent. C’est ce que beaucoup de parents recherchent, notamment lorsque leur partenaire ne s’investit pas pleinement dans le processus. Pour ceux qui se demandent comment aborder ce sujet délicat, notre article sur l’investissement de votre partenaire offre des conseils pratiques et des stratégies pour renforcer cette dynamique. N’oubliez pas que partager vos émotions peut être le premier pas vers une meilleure connexion.
Par exemple, un papa m’a confié : « Je voulais être fort pour elle, mais au fond, j’avais tellement peur que tout se passe mal. J’ai gardé ça pour moi, je ne voulais pas l’inquiéter. »
Cette pression sociale, culturelle, ou même personnelle, empêche beaucoup d’accompagnants de se libérer. Pourtant, reconnaître ces émotions est une étape importante pour aller mieux.
Le premier pas, c’est d’apprendre à écouter ses propres émotions. Ce n’est pas facile, surtout au milieu de l’intensité d’un accouchement. Voici quelques conseils concrets :
- Prendre un moment pour soi, même quelques minutes, pour respirer profondément et observer ce qu’on ressent.
- Exprimer ses émotions à voix haute, que ce soit avec la maman, une doula, un ami ou un professionnel.
- Écrire un journal pour déposer ses pensées.
- Prendre soin de son corps, par exemple avec une courte promenade ou un moment de détente.
- Demander de l’aide, que ce soit un soutien psychologique ou un groupe d’échange.
Une de mes amies doulas propose toujours un débrief après l’accompagnement, un moment où chacun peut parler librement de ses ressentis. Ce temps est précieux pour décharger cette tension invisible.
Quand les accompagnants apprennent à reconnaître et gérer leur charge émotionnelle, ils deviennent plus présents et disponibles. Ils peuvent offrir un soutien plus doux, plus authentique.
Ça évite aussi le risque de s’épuiser, de s’isoler ou de développer un mal-être durable. En prenant soin de soi, on prend soin des autres, c’est un cercle vertueux.
Par exemple, un papa qui avait vécu un accouchement très stressant m’a dit, quelques semaines après : « J’ai parlé à un psychologue, ça m’a aidé à mettre des mots sur ce que j’avais ressenti. Maintenant, je me sens plus serein et je peux mieux accompagner ma femme et mon bébé. »
Porter la charge émotionnelle invisible est un défi souvent méconnu des accompagnants. En tant que doula, je souhaite que chaque personne qui soutient une femme enceinte sache qu’il est vital de s’écouter et de prendre soin de soi. Le chemin de la naissance est un voyage partagé, où chaque émotion compte, même celles qu’on ne voit pas.